...... « eaucoup de braves gens qui ne ressentent aucune haine envers les juifs, mais qui détestent la persécution des palestiniens, sont désormais appelés antisémites. » ...Ury AVNERY – Israélien, membre du mouvement pacifiste Gush Shalom...;;;...

 ...... « ℬeaucoup de braves gens qui ne ressentent aucune haine envers les juifs, mais qui détestent  la persécution des palestiniens, sont désormais appelés antisémites. »  ...Ury AVNERY – Israélien, membre du mouvement pacifiste Gush Shalom...;;;...

« Debout, allez... lève-toi ! C'est maintenant ou jamais... » M'exhortais-je mentalement. C'était l'heure du fajr : la prière de l'aube, pour nous, musulmans. Je me traînais péniblement vers la salle de bain... Mes pieds, comme tout le reste de mon être, résistaient tant bien que mal à ce réveil forcé. Peu à peu mon corps obtempéra, au fur et à mesure que l'eau tiède des ablutions réchauffait ma peau. Le regard trouble, je distinguais d'infimes rayons incandescents traverser la vitre fissurée. Avant-goût probable d'une beauté mystique par delà du verre, à cette heure où le soleil éveille la nature endormie. J'attachais mes longs cheveux en un chignon solide, puis les couvris d'un hijab¹ irisé que ma mère chérissait. Un sourire se dessina inconsciemment sur mes lèvres, offrant l'occasion à ma joue gauche d'en libérer la fossette discrète. C'était systématique : tout ce qui évoquait ma mère me plongeait dans un nuage de visions nostalgiques... Son image, son odeur, ses manières... Comme un trésor convoité, j'en dissimulais chaque souvenir dans le coffre scellé de ma mémoire. Soudain je réalisai que personne ne s'était pressée de m'interrompre ce matin là. J'étais sans doute la dernière à me préparer pour prier. Je regagnais ma chambre, en prenant le temps de jeter un coup d'½il dans celle de mon père. Effectivement, j'étais en retard... Au mouvement circulaire des doigts de mon père et de mon grand frère, je compris qu'ils achevaient Tashahhud ² : la prière touchait donc à sa fin. Je pressais le pas vers ma chambre... Ma grande s½ur en surgit à l'instant même où je m'apprêtais à pousser la porte :
« AsSalam'alaykoum..
- Wa 'alaykoum AsSalam
- J'ai voulu t'attendre Noor Aqsa mais tu as mis du temps ce matin... » Me dit-elle sur un ton de reproche.
« J'ai vu ça, excuse-moi. Je dois faire des progrès pour sortir plus vite de mon lit... »
Tout en me justifiant, j'analysais les cernes violacées contraster ses iris aux couleurs dattes bien mures. Elle ne m'écoutait pas vraiment. Depuis quelques jours, ma soeur semblait préoccupée par quelque chose qui m'échappait... Je n'eu pas le temps d'y réfléchir longtemps car un énorme bruit de feu retentit non loin de là, nous faisant sursauter à l'instant même où il raisonna dans notre maison. Sanaa me prit instinctivement dans ses bras ; sa peur se manifesta en un cri strident. Sans relâcher son étreinte, elle m'entraîna vers la fenêtre de la chambre : le douloureux spectacle visuel nous y attendait...
Si mes yeux étaient habitués à la scène, mon coeur lui, suivait difficilement la cadence. Même le soleil semblait apeuré, troquant son prestige astral pour une simple lueur étoilée. La fumée seule, lourde, planait dans l'air depuis un amas de pierres désordonnées... Une poussière suffocante se répandait tout au tour, attestant d'un récent deuil matériel. Cette triste vision m'annonçait qu'aujourd'hui encore je ne verrais pas la splendeur du paysage matinale... Mais l'horreur de l'ego démesuré de l'Homme. Une fois de plus, la Palestine perdait l'une de ses belles habitations, parce qu'elle reposait sur des racines trop anciennes au goût des israéliens. En réalité le vrai motif de ces destructions, et nous le savions tous, était la barrière que représentent nos foyers à l'expansion coloniale sioniste. Tout disparaissait sur leur passage... Jusqu'aux champs d'oliviers transformés en vastes cimetières.
A nos yeux c'étaient eux, les mauvaises herbes qui enrayaient l'épanouissement de nos terres. A force de détruire nos biens, limiter notre liberté, mépriser nos pratiques, peu d'entres-nous espéraient rétablir des liens « cordiaux » avec ces créatures aux aspects profondément inhumains. Quand viendrait notre tour ? Je fus parcourus de frissons avant même de déclencher mon imagination..
« C'est les Al-Hassawi. Il n'y a pas de blessés, je crois.. » Dit Sanaa d'une voix calme pour rassurer mon père et Taslim qui entraient en trombe dans ma chambre.
« Encore l'½uvre de ces sals juifs ! » S'écria mon frère. Sanaa enchaîna alors, exaspérée :
« Sionistes frère ! Je t'ai déjà demandé de ne pas tout mélanger, nous n'y arriverons jamais sinon !
- Arriver à quoi ? Tu crois que c'est toi et ta copine feuje qui allaient changer notre sort ? Haha ! Ouvre les yeux ! Les juifs n'ont jamais aimé les arabes, et aujourd'hui c'est réciproque. On ne peut pas vivre ensemble ! Seul Dieu nous sauvera. » Ma s½ur s'apprêta à répliquer lorsqu'il détourna la tête, ajoutant de façon résignée « Allez papa, allons voir les voisins. Apportons notre soutien à nos frères... »
Sanaa avait effectivement une amie juive, Rachelle, qu'elle avait rencontré durant son voyage scolaire à Jérusalem. Agées toutes deux de vingt ans, leur amitié exemplaire n'en fut pas sans controverse. Mon grand frère notamment, n'appréciait pas cette relation et laissait clairement apparaître ses réprobations lorsqu'elle venait chez moi. Pourtant Rachelle était très différente des autres israéliens que nous avions l'habitude de «côtoyer» (et surtout d'affronter) par le fait qu'elle condamnait la politique de son peuple. Pour cette jeune diplômée, les soldats israéliens n'étaient pas ses frères, car ne pouvait être juif celui qui était prêt à tuer des innocents. Ce simple raisonnement suffisait pour que mon père consente à leur entente, celle-ci répondant à un désir commun selon lui : un besoin incessant de paix.
Quand à moi, je rejoignais souvent l'avis de Taslim à ce sujet ; étiquetant la plupart du temps ces monstres sanguinaires qui me laissait sans mère, à tout juste dix-huit ans. Ils y'a deux ans déjà qu'ils me l'avaient volé, celle dont les pieds effleuraient mon Paradis. Je portais de plus cher en moi le prénom qu'elle m'avait destiné: Noor Aqsa, « Lumière d'Al Aqsa » le troisième lieu saint de l'Islam, notre mosquée sacrée de Jérusalem. C'était tout un symbole pour nous, palestiniens ; la preuve de notre présence ici depuis des siècles. Un combat contre les sionistes qui nous en refusaient souvent l'accès.. sans vrais motifs.




¹hijab : ici, l'étoffe de tissu qui recouvre les cheveux.
²Tashahhud : formullations spécifiques après deux unités de prière.
³AsSalam 'alaykoum : arabe, que la paix soit sur toi. "Wa 'alaykoum AsSalam" est la réponse.


# Posté le vendredi 12 juin 2009 12:44

Modifié le dimanche 12 juillet 2009 06:35